
Quand — 16.02.2010 à 15.30 ; où — 15, Spokojna, trouve-toi là
Une situation est vivante grâce à la dynamique de ce qui l’initie. Qu’est-ce qui met toute chose en mouvement ? Qu’est-ce que le mana ? Qu’est-ce que ce fluide, cette énergie, cette force, ou quoi que ce soit, qui pénètre toute chose en lui donnant vie ? Même si l’on réduit tout à une énergie matérielle, la question de ce qui l’anime demeure. La science ne connaît pas la réponse. Peut-être ne creuse-t-elle pas au bon endroit. L’initiative décrite permet d’entrer dans cette question et/ou d’y chercher une réponse par l’action elle-même. La performance est ouverte et chacun peut y participer. Il suffit de se trouver, pendant cet événement, là où il aura lieu. L’essentiel est simplement de faire quelque chose. Il peut s’agir de regarder, de commenter, de se taire, de crier, de danser, de peindre, de parler, de sculpter, de construire, de jouer, de détruire, de déranger, etc. L’essence restera la même. Qu’est-ce qui fait que tu fais quelque chose ? Il ne s’agit pas de la réponse, mais de son ressenti même. La réponse, c’est nous.
Spokojna. Le nom de cette rue, « paisible », exprime son essence. Ce fut l’une des performances les plus paisibles de ma vie. Il s’agissait du mana, c’est-à-dire de l’essence de l’existence, de l’existence elle-même. Du mouvement, de la vie, de l’activité. On pouvait venir et ressentir quelque chose de proche pour chacun de ceux qui venaient. La question était : pourquoi sommes-nous incapables de ne rien faire, quelle est cette force qui nous oblige sans cesse à faire quelque chose ? Un sujet aussi important que le souffle. La situation, ordinaire et simple, dépendait des créateurs ; et puisque j’étais le seul créateur, elle était très paisible, et pourtant il se passait quelque chose. Pendant les quatre heures de l’action, 6 personnes sont venues. Elles ont remarqué que cette performance n’était pas une belle représentation facile, mais une partie de la vie. Elles se sont trouvées dans un espace et un temps choisis pour percevoir le pouls de Manitou. C’était une cérémonie singulière, une fête du mana. 
Le résultat fut très modeste, bien qu’un potentiel infini demeurât dans l’essence de cet événement. Il n’y avait pas d’erreur dans le concept, ni dans sa réalisation. La mine s’est révélée être un miroir, et elle a simplement reflété ce qui était, c’est-à-dire l’esprit du lieu. C’était parfait, parce que c’était vrai. Ceux qui sont venus faisaient ce qui leur était propre à cet instant. Chacun disposait de lui-même et d’un temps particulier circonscrit. On pouvait également utiliser un ensemble d’objets disposés là. Les gens ont donc regardé et se sont tus, ou ont parlé entre eux de leurs sujets habituels, comme si rien de particulier ne se passait. Cela signifie que la performance a réussi, en étant et en restant l’esprit de Manitou dans la vie quotidienne des gens. Au total, les spectateurs/artistes ont participé à cette action pendant une heure. Une demi-heure au début et une demi-heure à la fin. Entre les deux, des employés de la faculté sont passés individuellement. Les trois heures de l’action intérieure sont restées semblables au reste, malgré l’absence de spectateurs et de toute trace, de toute documentation. Ce temps magnifique a été rempli de sons frappés sur un instrument inventé, au timbre de gong et de bol tibétain, de hochets, de pistes audio, de poésie et de mouvements du corps et de divers objets ; j’ai également construit deux cordes et utilisé des pierres ainsi qu’une clé.

Je disposais aussi de fils, de ficelles, de plaquettes, de papier, d’élastiques, de fumée de cigarette et d’un espace rempli d’escaliers et d’une suite de balustrades. Finalement, une prière de caractère très individuel a pris forme, et je suis devenu le Manitou de ce temps et de cet espace. Le médium du mana.
